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Famille

Les dangers du sexto pour votre ado

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Qu’il soit face à son ordinateur ou qu’il utilise son téléphone intelligent, votre adolescent n’est pas à l’abri des sextos. À l’heure où ses hormones sont au plafond, il pourrait bien recevoir, ou envoyer, une photo ou une vidéo coquine ou explicite.

Une étude intitulée Jeunes Canadiens dans un monde branché, publiée à l’automne 2014 par Habilo Médias, a de quoi donner froid dans le dos à tous les parents. 8 % des adolescents âgés de 13 à 17 ans ont déjà envoyé un sexto d’eux-mêmes à un ou une ami(e). En fait, la proportion est à peu près la même chez les gars et chez les filles. Au surplus, 24 % des adolescents ont déjà reçu un sexto, soit un texte à connotation sexuelle ou une photo illustrant un ami ou une connaissance plus ou moins vêtu(e). Cette pratique a pour nom l’autoexploitation juvénile.

Et plus ils avancent en âge, plus les adolescents sont susceptibles d’en envoyer ou d’en recevoir.

Mais que font les ados avec ces photos compromettantes? L’étude révèle que 24 à 26 % des personnes ayant reçu un sexto l’achemine à un autre destinataire. Cette proportion diminue avec l’âge, les jeunes étant plus conscients des conséquences liées à l’envoi d’une photo d’une jeune fille nue ou presque, par exemple. Et ce sont les garçons qui ont tendance à retransmettre ces photos ou ces textes.

Une étude publiée aux États-Unis a démontré des résultats similaires.

Les conséquences reliées au phénomène des textos

À l’heure des premiers émois amoureux, la tentation est grande d’envoyer une photo plus ou moins explicite pour émoustiller le destinataire, ou le convaincre d’avoir un rapprochement de nature sexuelle. Discutable, cette méthode est néanmoins souvent utilisée par les ados et les adultes.

Réacheminer de telles photos à un ami  — une forme de cyberintimidation — peut avoir des conséquences dramatiques. Comme les filles en sont plus souvent victimes, les images peuvent se retrouver sur les téléphones d’autres élèves, et même dans Internet. Imaginez la honte que certaines peuvent ressentir. Alors qu’elles faisaient confiance à celui à qui elles envoyaient le sexto, voici qu’elles se retrouvent trahies… et exposées à la vue de tous. Les conséquences sur la santé des victimes peuvent impliquer des maux physiques tels que des maux de tête ou de ventre, de l’anxiété, de la dépression ainsi que d’autres problèmes de santé mentale. Certaines victimes plus fragiles vont jusqu’à se donner la mort.

Conséquences judiciaires

La personne qui retransmet un sexto d’adolescent ou d’adolescente n’est pas à l’abri des problèmes. Au Canada, elle pourrait être accusée d’accès, de possession, de production et/ou de distribution de matériel pornographique. Dans les deux premiers cas, la peine varie de 45 jours à cinq ans de prison, à la discrétion du juge. Pour la production et/ou la distribution, on parle d’une sentence de prison qui varie d’une à 10 années. Depuis quelques années, il est impossible de purger cette peine dans la collectivité. On parle donc de détention dans un Centre jeunesse pour les moins de 18 ans et un séjour derrière les barreaux pour les adultes.

Snapchat, un allié?

Pour « contourner » le phénomène, plusieurs utilisent une petite application, Snapchat, qui permet d’envoyer des photos qui s’autodétruisent après la première consultation. Ces photos sont conservées sur des téléphones et des serveurs, et après quelques instants, soit un maximum de 10 secondes, elles disparaissent. Et le réseau est populaire; les gestionnaires estiment que quelque 400 millions d’images sont ainsi partagées chaque jour.

Cette caractéristique a favorisé l’envoi de sextos. Les utilisateurs, confiants, ont partagé des images qui, croyaient-ils, s’effaçaient après visionnement. Or, de petits férus d’informatique ont créé des applications qui permettent de conserver, et même de récupérer, des photos que les expéditeurs croyaient effacées à jamais.

Les gestionnaires du réseau font des pieds et des mains pour tenter de contrer ces pirates. Mais la tâche est ardue, et chaque mesure de sécurité additionnelle est scrutée par des pirates informatiques qui cherchent, et trouvent souvent, des moyens de la contourner.

Le chantage

Certains garçons et filles qui, innocemment, ont fait parvenir des sextos, se sont aussi retrouvés victimes de chantage. Quelques-uns, sous la menace de voir leurs photos transmises à des tiers ou diffusées sur la toile, ont dû accepter d’avoir des relations sexuelles avec un ou plusieurs individus. Parfois, ces ébats non désirés ont aussi été filmés, pour se retrouver entre d’autres mains. La honte s’installe à demeure.

D’autres, ayant parfois consommé de l’alcool lors de partys, ont vu des photos et vidéos d’eux-mêmes dans des situations compromettantes circuler sur Internet ou sur les téléphones d’amis et d’étudiants qui fréquentent la même école. Imaginez le malaise, la honte, et tout ce qui peut en découler.

La sextorsion

Le phénomène de chantage lié à la transmission de vidéos et de photos compromettantes porte un nom : la sextorsion. Et il n’y a pas que les ados qui en sont victimes.

Certains adultes, surtout des hommes, ont fait les frais d’arnaqueurs sans scrupule, comme les « brouteurs » de la Côte d’Ivoire. L’arnaque débute très lentement. L’homme est abordé, sur la toile, par une jeune femme. La conversation s’engage. La dame démontre un intérêt pour son vis-à-vis et, après quelques rencontres virtuelles, les conversations deviennent plus intimes. Les deux allument leur webcam respective. La femme, qui se dit émoustillée, exposera une partie de son anatomie et réclamera, en échange, que l’homme se livre à des gestes plus explicites, comme une masturbation. Après coup, les images de cette séance deviennent la base même d’un chantage. On menace la victime de les diffuser dans Internet s’il ne paie pas une bonne somme d’argent. Si la pauvre victime répond à la première demande, par crainte de voir sa réputation détruite, les fraudeurs sont de plus en plus gourmands…

La vengeance

D’autres ados (et adultes) seront également victimes d’un phénomène en croissance appelé Revenge Porn. Une fois l’amourette terminée, ou lors d’un conflit, de plus en plus d’adolescents et d’adultes désirent se venger. Ils choisissent donc de publier, sur la toile, les photos ou vidéos croquées alors que la relation était au beau fixe. Et les sites spécialisés, friands de nudité et/ou de pornographie, leur ouvrent largement la porte.

Pour se protéger

Il existe des outils, des mesures de protection, et des lois, qui protègent et/ou sensibilisent les adolescents et les adultes.

  • Le Commissariat à la protection de la vie privée des jeunes a préparé divers outils pour mieux sensibiliser les adolescents.
  • Les parents doivent également mettre en garde les enfants contre les dangers d’internet, et ce, dès l’âge de 8 ou 9 ans.
  • Si votre enfant reçoit des sextos d’autres élèves d’âge mineur, avisez l’école qu’ils fréquentent.
  • Réfléchissez avant de cliquer. Envoyer un sexto peut avoir des conséquences désastreuses, même pour un adulte.
  • Si vous recevez un sexto, détruisez-le immédiatement.
  • Les policiers canadiens ont commandé une application anti-sextos gratuite qui permet d’envoyer un message clair à une personne qui solliciterait l’envoi d’une photo explicite. Elle n’existe qu’en anglais cependant : Send This Instead ou « Envoie ça à la place ».
  • Un site très bien fait (en anglais) sensibilise les ados : thatsnotcool.com.
  • Certains téléphones sont munis d’un outil qui permet de restreindre l’envoi et la réception de sextos. Il suffit de le configurer.
  • Toute personne victime de sextorsion devrait porter plainte à la police, qui enquêtera, et décidera s’il y a lieu de porter des accusations criminelles.
  • Certains pays, dont l’Australie, ont légiféré pour contrer cette pratique.
  • Toute personne qui transmet, retransmet ou possède une photo explicite d’adolescent et/ou d’adolescente peut être accusée en vertu des lois qui régissent la pornographie juvénile.

Malgré des lois de plus en plus sévères, nul n’est véritablement à l’abri de personnes mal intentionnées qui utiliseront des sextos, ou des images explicites tournées à l’insu de son ou sa partenaire ou même d’une personne étrangère. Et même les personnes en qui vous avez confiance peuvent utiliser ce « petit film maison » réalisé entre adultes consentants, en cas de rupture. Il faut alors vous assurer que les images ou les vidéos intimes soient bel et bien détruites ou, mieux encore, vous garder une petite gêne…

Ressources 

Ressources en matière de sécurité internet pour les ados sur cyberaide.ca      

Cyberintimidation sur webaverti.ca  

La cyberintimidation sur educaloi.qc.ca  

Intimidation et Cyberintimidation sur rcmp-grc.gc.ca   

La confidentialité, la sécurité et les jeunes en ligne sur canadiensensante.gc.ca

Faire face à l’autoexploitation juvénile – Guide pour les familles sur Enfants avertis                          

Henri Michaud

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