Et si la grossesse ne durait pas que 9 mois? Et si l’accouchement et la naissance n’était pas la finalité de la grossesse? Et s’il y avait un 4e trimestre, moins connu, mais pourtant tout aussi important?
Le 4e trimestre est un concept comprenant le temps d’adaptation des trois acteurs clés de l’aventure : la mère, le père et le bébé. Chacun vit une période plus ou moins longue – autour de 3 ou 4 mois – où il a besoin de refaire ses repères en plus de s’adapter – autant physiquement que psychologiquement – à cette nouvelle vie.
Une naissance bouleverse tout : les croyances autant que les espoirs, le désir de contrôler ainsi que les idées préconçues, les habitudes autant que les horaires, le corps autant que les esprits, les émotions et les réactions. L’apparition du concept de 4e trimestre englobe toutes ces transitions plus ou moins présentes – et à diverses intensités — que vivent les nouvelles familles.
Le 4e trimestre chez la mère
Évidemment, la mère est au cœur de ce 4e trimestre. Pendant les neuf mois de la grossesse, elle a vu son corps se transformer pour pouvoir être apte à porter et mettre au monde un enfant. Ensuite, une fois l’accouchement passé, son corps doit se transformer à nouveau. Pendant le 4e trimestre, la femme se trouve physiquement dans un flou un brin perturbant. Dans le magazine Parents.fr, on explique cette situation en disant que la femme n’est pas enceinte ni «pas enceinte». Son corps produit la lactation tout en «déconstruisant» ce qui avait été mis en place (son utérus reprend sa place, ses seins se métamorphosent encore, son ventre se modifie, etc.). Sans compter que les hormones n’ont pas fini leur danse endiablée. Un processus déjà exigeant, mais qui est amplifié par le culte de l’image et du corps parfait qui pousse les femmes à ne pas respecter le rythme de leur corps.
Aussi, des perturbations psychologiques sont à prévoir. Même la plus préparée des nouvelles mamans ne peut savoir précisément comment se déroulera la rencontre avec le bébé au-delà de l’accouchement. Les premières semaines peuvent être fort différentes de ce qu’elle a imaginées. Une nouvelle mère peut être tentée de vouloir tout faire durant son «congé» de maternité, vouloir réintégrer sa routine «d’avant bébé» ou encore tenter de vivre la parentalité dont elle a imaginé tous les détails pendant 40 semaines alors que la réalité est tout autre. L’adaptation à la nouveauté exige beaucoup de lâcher-prise, une aptitude en opposition avec les valeurs d’organisation, de planification et d’ordre qui règnent dans la société. Et en ajoutant la fatigue, les doutes, les nuits blanches, les soins et l’alimentation du bébé, l’allaitement et l’adaptation familiale, il est compréhensible que ce 4e trimestre soit des plus exigeants pour les femmes. Faire la connaissance d’un nouveau-né tout en jonglant avec les chamboulements imposés par son arrivée nécessite du temps… ce que les femmes ne s’accordent pas aisément.
Le 4e trimestre chez le père
Comme la grossesse se déroule dans leur corps, les femmes vivent très «physiquement» les neuf premiers mois. Chez les hommes, c’est souvent la naissance qui rend concrète l’aventure de la parentalité, et ce, même s’ils sont très présents auprès de leur conjointe enceinte. Mais les bouleversements émotionnels qu’ils vivent sont sensiblement les mêmes que ceux des femmes. Certains peuvent même souffrir de dépression post-partum. Les adaptations, les ajustements et les essais-erreurs font partie de cette phase de transition. Mais les pères peuvent avoir de la difficulté à exprimer ce qu’ils ressentent jugeant sévèrement leur impression d’être en décalage. Ils croient qu’il n’est pas normal de ne pas exploser de joie, de se sentir submergé ou fatigué.
Le 4e trimestre chez le bébé
Le nouveau-né vit aussi toute une intense période d’adaptation. De sa vie utérine, dans le ventre de sa mère – dans un environnement aquatique, à l’étroit, le noir, au chaud, sans devoir faire quoi que ce soit pour que ses besoins soient comblés —, il passe dans le monde extérieur – un endroit fait de bruits et de lumière, où les contacts avec sa mère ne sont plus continuels et où il doit agir pour avoir ce qu’il veut. Le groupe de soutien à l’allaitement Chantelait a dressé un tableau démontrant les différentes caractéristiques des deux univers permettant ainsi de mieux comprendre l’ampleur de sa tâche d’adaptation postnatale.
Le 4e trimestre — parfois aussi nommé le «concept de continuum» — a été amené par la psychothérapeute américaine Jean Liedoff en 1975 dans le livre Le concept continuum : à la recherche du bonheur perdu. Selon elle, la proximité entre la mère et le bébé a besoin de continuer après la naissance et est nécessaire pour que la transition se fasse bien et pour que le bien-être de tous soit pris en compte. Après des années d’observation auprès de peuples vivant dans la jungle au Venezuela, l’auteure est venue à la conclusion qu’en Occident, on précipitait la séparation entre le bébé et sa mère. Jean Liedoff croit qu’un bébé a besoin d’être entouré et accompagné afin de se sentir confiant. Il se détachera de sa mère de lui-même lorsqu’il aura assez confiance en lui. C’est dans cette optique que la peau à peau, le cododo, le portage et l’allaitement à la demande sont préconisés.
À chaque famille de mieux vivre au rythme du bébé, de s’accorder des pauses, de s’écouter et d’accepter de l’aide. Le tout dans un esprit de bienveillance, d’ouverture et d’écoute. Ainsi, autant la mère, le père que l’enfant traverseront plus paisiblement ces premiers mois en famille, une situation nouvelle pour chacun… et pour tous à la fois!
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